Inondations en Côte d’Ivoire: à Abidjan, l’heure du deuil et des questions
Le jour d'après, en Côte d'Ivoire où au moins 20 personnes sont mortes dans les fortes inondations qui ont touché notamment Abidjan après des

ENFANTS DE DEFICIENTES MENTALES: Ces oubliés qui n’ont pas demandé à venir au monde

De l’assistance ! C’est tout ce que demandent ces enfants nés de mères déficientes mentales. Ces dernières, pour la plupart, sont victimes d’abus sexuels dans la rue, qui est leur seul et unique lieu de refuge, sont séparées de leurs bébés dès les premières heures de la naissance. Des moments difficiles, mais aussi de tristesse pour ces mamans qui se déchirent pour garder leurs progénitures.

THIES – Ndiémé, Mame Yacine, Salif, Edmon, Viviane. Des noms d’emprunt de bébés et d’enfants arrachés à l’affection de leurs mères pour être casés dans des lieux plus sûrs que la rue. Une fois enlevés à leurs parents, ces enfants sont accueillis dans des centres d’accueil ou dans leurs propres familles où leur prise en charge pose souvent problème. Certains d’entre eux vivent dans des situations compliquées en raison de leur immaturité physique et parfois mentale. Les conditions de vie sont particulièrement difficiles pour ces petits bouts de bois de Dieu, surtout avec le sevrage brutal. Des moments douloureux pour ces mères déficientes mentales qui ont accouché dans la rue, où dans des maternités pour les plus chanceuses.

Femme déficiente mentale, élancée et d’assez forte corpulence, Mbathio Fall a accouché son premier enfant dans la rue. Enceintée par cet «inconnu au caleçon rouge», selon sa propre description, Mbathio Fall a mis au monde un nouveau-né de sexe masculin sans aucune assistance. Alertées, sa famille et des personnes de bonnes volontés sont venues à sa rescousse.

La dame Aïssatou Seck du quartier Mbambara de Thiès, en dit plus : «En tant que femme et mère, il y a des choses que je ne peux pas passer sous silence. J’accordais trop d’attention à cette dame. Je la suivais de près, je lui donnais à manger. Je l’ai une fois amenée à l’hôpital, dommage qu’elle a pris la fuite ensuite sans être consultée par la sage-femme. Elle a surpris tout le monde le jour où elle a mis au monde un bébé. Ce n’est que le lendemain que j’ai appris la nouvelle».

S’agissant de l’enfant, Mme Seck de dire avoir approché Mbathio et cette dernière avait même accepté, dans un premier temps, de la laisser prendre l’enfant et de l’amener à l’hôpital. Durant son hospitalisation, Mbathio se comportait de façon sereine, selon elle.

Les affres d’un sevrage forcé

Les conditions de vie de Mbathio ne lui permettaient pas de garder cet enfant. Et, en conséquence, aussi douloureuse que pouvait être la séparation d’une mère et de son enfant, la décision s’imposait pour l’intérêt du nouveau-né en termes d’hygiène, de santé et simplement de survie. «Nous l’avons fait avec beaucoup de délicatesse afin d’amoindrir le mal. Nous lui avons demandé d’aller prendre un bain. Et c’est en ce moment que nous avons pris l’enfant pour le mettre dans un lieu sûr», a souligné Mme Seck.

Ce geste est certes dur, mais des plus responsables. Puisqu’il s’agissait d’une assistance à une personne en danger, pour ne pas dire de sauver une vie. Surtout quand on sait toutes les dispositions prises par l’autorité en la matière. En effet, comme stipulé par la Charte africaine des droits et du bien-être de l’enfant, en son article 4 relatif à l’intérêt supérieur de l’enfant : «Dans toute action concernant un enfant, entreprise par une quelconque personne ou autorité, l’intérêt supérieur de l’enfant sera la considération primordiale».

Mais au-delà, et nonobstant cette disposition, pour la Mme Seck, il fallait tout mettre en œuvre pour que l’enfant soit suivi. «Tout enfant a droit à la vie. Et je demeurais consciente que si on le laissait seul entre les mains de sa maman, il ne bénéficierait d’aucun suivi sanitaire, encore moins d’une alimentation saine et appropriée», dit-elle, pleine d’affection, les larmes aux yeux.

Le cas douloureux de cette déficiente de Thiès aux deux enfants

Les enfants d’Hélène, puisqu’il faut lui donner un nom, n’auront, quant à eux, pas connu ce même sort. Cette femme élancée, au teint noir et d’une rondeur exceptionnelle, se promenait avec ses deux enfants tous de sexe masculin dans les rues de Thiès. Ce qui attirait l’attention de bon nombre de riverains et habitués de l’avenue Malick Sy, de la Place de France ou la Promenade des Thiessois. Lesquels ne pouvaient pas rester sourds aux cris d’un enfant âgé d’à peine 6 à 7 mois qu’elle portait sur son dos.

La jeune femme, une déficiente mentale venue d’on ne sait où, ne donnait aucune chance de survie à son enfant. Sur son dos où il était bien à califourchon, l’enfant était loin d’être à l’aise. Solidement attaché à son corps par un pagne à la propreté douteuse, l’enfant était souvent au bord de l’étranglement. Il étouffait à vue d’œil et ses cris sonnaient comme un lancinant appel à l’aide, attirant la curiosité des riverains qui ne manquaient pas de s’apitoyer sur le sort de ce fragile bout d’homme.

Quant à sa mère, elle se baladait en toute insouciance. Et comme sourde à l’appel de détresse de son enfant, elle tenait à bout de bras son frère qui la suivait comme une ombre. Un triste et désolant spectacle qui ne pouvait laisser indifférents les riverains qui tenteront de voler au secours de l’enfant.

Hélas tous ceux qui s’y sont employés en ont eu pour leur compte. C’était en effet sans compter avec l’amour maternel dont cet être, que l’on considère comme dénoué de toute raison, couvait sa progéniture. Aussi, pour les protéger, elle agressait littéralement «ces sauveurs» à chaque tentative. Pour dire combien une maman, même déficiente mentale, est prête à tout donner pour sauver son enfant.

Que ces gens qui interviennent le fassent pour le bien de son fils ou pas, elle n’en avait cure. Pour elle, l’enfant n’était en sécurité qu’entre ses mains et nulle part ailleurs. Heureusement, après moult tentatives, une personne de bonne volonté, a fait un communiqué à la radio (Sud Fm Thiès).

«Nous attirons l’attention de tout le monde qu’une dame qui ne jouit pas de ses facultés mentales se promène avec ses deux enfants dont le plus petit se trouve en danger. Prière aux autorités locales d’intervenir pour sauver ces enfants. Attention ! la dame est très agressive», dit le communiqué. L’annonce a porté ses fruits puisque l’intervention ne s’est pas fait attendre et les enfants mis en sécurité.

La stigmatisation par l’appellation «Domou doff»

Cependant, force est de le reconnaître, cette sécurité est loin d’être la seule assistance dont ces enfants ont besoin. Car, après l’étape de la petite enfance, un autre mal plus pernicieux, la stigmatisation, les poursuit comme une malédiction.

A ce titre, l’appellation «Domou doff» (enfant de fou ou de folle) est le pire des préjudices faits à ces enfants. Une appellation stigmatisante et dégradante qui impacte négativement leur plein épanouissement, en ce sens qu’elle peut être source de complexe d’infériorité pour ces jeunes qui peuvent en arriver à nourrir des sentiments de honte et d’exclusion.

Une situation que déplore le sociologue Abdou Khadre Sanoko qui parle de rejet. «Au Sénégal, l’enfant qui a un parent mentalement malade est déjà considéré comme une malédiction. Ce qui fait qu’en lieu et place de la protection et de la socialisation dont il devrait bénéficier de sa famille, il hérite de la stigmatisation», confie-t-il.

Un fait qui peut, d’après le Dr Sanoko, amener l’enfant à avoir deux comportements. Un comportement qui le pousse à être violent ou alors à le motiver dans le sens du surpassement pour une affirmation de son soi, comme le cas de l’Artiste compositeur, Alassane Diallo alias «Dof Ndeye», un agresseur qui s’est repenti en rappeur.

«Ma maman me manquait très fort, pourtant elle était proche de moi»

Djily, invité dans une télévision de la place, est, lors de son passage, revenu sur les difficiles conditions de vie auxquelles il était confronté lors de son enfance. Lui, le fils d’une déficiente mentale. Des faits qui l’ont sûrement poussé au banditisme, à l’agression.

«J’ai tué des gens et je présente toutes mes excuses à mes victimes. J’enviais tous les gens qui avaient leur mère bien portante. La femme ‘folle’ de Khar Yalla est ma mère. Je n’ai jamais eu l’affection maternelle ni l’occasion de manger ensemble avec ma mère. Ma maman me manquait très fort, et pourtant elle était proche de moi. Ce qui fait que je m’énervais tout le temps. J’avais 8 ans à l’époque. J’accepte être le fils de la ‘folle du quartier’ et je me résigne tout en remerciant mon papa qui a su protéger ma maman, malgré sa maladie», narre-t-il.

Des témoignages qui montrent comment un enfant victime de stigmatisation peut se retrouver dans ces genres de difficultés. Une situation qui se pose en termes de cas de société et qui met à nu une politique nationale de non-prise en charge de ces enfants et de leurs parents.

Car, dans le cas spécifique de la ville de Thiès, la seule structure d’accueil pour ces dits enfants nés de déficientes mentales ou abandonnés relève du privé. Aucune structure publique de prise en charge n’existe sur toute l’étendue du territoire de la ville et même du département. Alors que la population de ces femmes ne jouissant pas de toutes leurs facultés mentales et errantes est de plus en plus importante.

Marième COLY

(Correspondante)

Commentaires

commentaire

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*