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«Nous le tiendrons pour responsable de tout l’avenir de la Casamance»

Yankoba Diémé a exprimé samedi son indignation après la mort, liée aux manifestations de vendredi, du jeune Abdoulaye Diatta, à Bignona. Le président du Conseil départemental de la circonscription éponyme a ainsi fait part de son amertume face à la répression des forces de l’ordre, en profitant pour solder des comptes avec le chef de l’Etat, Macky Sall, notamment sur la stigmatisation des populations originaires de la Casamance ou encore l’exclusion des leaders de Yewwi Askan Wi du scrutin de juillet 2022. Non sans apporter son soutien à Guy Marius Sagna, arrêté au lendemain de la contestation à Ziguinchor.

«Nous avons décidé aujourd’hui de parler avec le cœur, pas la haine ; ça ne nous habite pas. Nous ne connaissons pas la haine», déclare Yankoba Diémé, qui souligne : «Celui qui n’a pas connu la guerre ne connaît pas le sens de la paix, et nous avons vécu dans la guerre que nous croyions finie au Sénégal. Hélas !» D’où l’interpellation du coordonnateur départemental de PASTEF Bignona : «Nos rêves sont-ils en train de se briser ? Par qui ?»

Mais M. Diémé ne veut pas laisser en suspens ses préoccupations. «Nous tenons pour responsable le Président Macky Sall à qui nous avons remis, au nom de la République, au nom du système démocratique du Sénégal, toute la force de la République pour faire face à pareille crise», accuse-t-il. «Nous le tiendrons pour responsable de tout l’avenir de la Casamance, de tout ce qui se passera.»

 

«Sall Ngari, nous vous interpellons et vous demandons, au nom de la Constitution, au nom de votre prestation de serment, d’arrêter le carnage…»

 

La répression des manifestations non autorisées de Yewwi Askan Wi vendredi a conduit à la mort de trois jeunes Sénégalais dont deux dans la région de Ziguinchor. Une des victimes, Abdoulaye Diatta, a perdu la vie à Bignona où il aurait été tué par balle, selon les déclarations des responsables de PASTEF.

 «Monsieur le Président Macky Sall, Sall Ngari, nous vous interpellons et vous demandons, au nom de la Constitution, au nom de votre prestation de serment, d’arrêter le carnage que vous êtes en train de faire sur les fils de Bignona», ajoute le président du Conseil départemental. «On ne peut plus continuer à regarder nos frères, avec qui on cohabite avec leurs épouses, leurs enfants, nos frères gendarmes, dégainer et tirer sur nos frères. Nous avons été témoins oculaires de beaucoup de choses qu’on ne peut pas dire, en espérant que la justice fera son travail. Ça ne peut pas continuer», assène-t-il, réaffirmant que le Sud est partie intégrante du Sénégal.

«Nous le disons haut et fort, le maquis ne recrute plus depuis des années et personne n’ira se réfugier dans la forêt. Nous le ferons ici dans nos rues, à Bignona, dans notre cité, dans notre République. La Casamance fait partie de la République du Sénégal et personne n’y pourra rien, même pas nous-mêmes», crache-t-il, allergique au «qualificatif de rebelle qu’on nous dit. On refuse. Nous ne sommes pas des rebelles. Nous n’avons jamais été des rebelles. Nous ne serons pas des rebelles. Mais, s’il faut faire la révolution, nous sommes des révolutionnaires», avise-t-il.

La confirmation par le Conseil constitutionnel de l’invalidation de la liste nationale des titulaires de Yewwi Askan Wi a suscité une vive contestation auprès de ses responsables, qui avaient tenu un rassemblement pacifique plus tôt dans le mois à la place de la Nation. Et, les manifestations non autorisées auxquelles avait appelé la coalition vendredi à Dakar et à Ziguinchor, en dépit de leurs conséquences dramatiques, s’inscrivent dans ce cadre.

 

«Celui qui touche à un cheveu de Ousmane Sonko…»

 

 «Jusqu’où êtes-vous prêt à aller dans votre rêve de diriger un Sénégal qui n’est pas de votre monde, un Sénégal sans Ousmane Sonko, Déthié Fall, Khalifa Sall ; un Sénégal sans opposition ?» Yankoba Diémé en remet une couche, gardant «à l’esprit» deux déclarations du président de la République. «Monsieur Macky Sall, vous avez dit que vous réduiriez l’opposition à sa plus simple expression. Aujourd’hui, nous comprenons le sens que vous donnez à ce contenu-là. Nous ferons face», met-il en garde, relevant que «malgré le ton, nous faisons tout pour garder la tête au-dessus des épaules. Celui qui touche à un cheveu de Ousmane Sonko nous aura déjà rasé le crâne, chacun».

En outre, poursuit-il, «vous nous avez vendu un terme dont on ne comprenait pas le contenu véritable, un ‘neddo ko andum’. Nous ne vous suivrons pas. Nous pensons qu’ensemble nous sommes nés après les indépendances, mais nous ne vous suivrons pas parce que dans cette salle, il y a des Peulhs, des Mandingues ; il y a toutes les ethnies».

Avant de lui lancer : «Vous incarnez juste un manteau de président mais nous doutons que vous ayez la capacité d’un chef d’Etat qui devait couvrir tous ses fils. On a franchi le Rubicon. Nous avons honte de faire face à nos frères de la Guinée Conakry, de bomber le torse devant les frères de la Gambie, de la Mauritanie (…).»

Par ailleurs, Yankoba Diémé a apporté son soutien à Guy Marius Sagna, arrêté samedi dans la matinée au commissariat central de police de Ziguinchor, où il s’était rendu pour les besoins du recensement des manifestants interpellés vendredi et détenus dans les «commissariats et brigades de Gendarmerie», a indiqué un de ses collaborateurs. Une version corroborée par le président du Conseil départemental de Bignona. «Guy ne s’est pas livré, il était dans son action humanitaire que personne ne peut lui refuser. Même dans sa tombe, Guy sera un humain. Même en prison, Guy sera le Guy qu’on connaît. Tu as tout notre soutien, mon frère, jusqu’au bout», clame-t-il.

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