MOUSSA TAYE, CONSEILLER POLITIQUE DU MAIRE DE DAKAR: «Sidiki Kaba perd son sang-froid à chaque fois qu’on lui parle de l’affaire Khalifa Sall»

 

La réponse du camp du maire de Dakar ne s’est pas fait attendre, après la sortie du ministre de la Justice sur le dossier Khalifa Sall. Et c’est Moussa Taye qui est monté au front pour porter la réplique à Me Sidiki Kaba. Dans l’entretien qu’il nous a accordé, le Conseiller politique de M. Sall aborde également d’autres questions d’actualité.

Evoquant le cas Khalifa Sall, le ministre de la Justice a déclaré que le débat doit être au prétoire. Que lui répondez-vous ?

Monsieur Kaba dévoile sa vraie nature de jour en jour. Il perd son sang-froid à chaque fois qu’on lui parle de l’affaire Khalifa Sall, car ayant certainement un cas de conscience par rapport à ses anciennes convictions de défenseur des droits de l’homme. Aujourd’hui, il ne peut pas nier l’existence de l’élément nouveau dans ce dossier, à savoir que le détenu politique Khalifa Sall est devenu député. Cela a forcément des conséquences au plan juridique et judiciaire. Il le sait bien, mais puisque c’est lui le bras armé du pouvoir, il le nie catégoriquement. C’est de la mauvaise foi.

 

Que vous inspire la sortie du ministère de l’Intérieur sur le livre blanc de la «Coalition Gagnante/Wattu Senegaal» ?

Abdoulaye Daouda Diallo est un ministre partisan. Il a étalé toute son incompétence durant ces élections. Mais le plus grave est qu’il s’enferme dans une sorte d’entêtement pour justifier ce qui apparaît aux yeux de tous, comme une mascarade planifiée. Il manipule ses services pour les obliger à se ranger derrière ses positions. Regardez cette sortie inopportune et maladroite du Directeur Général des Elections. Ce dernier essaye de justifier l’utilisation abusive des ordres de mission, alors que son rôle se limite à l’organisation matérielle des élections. Je veux lui rappeler que les raisons invoquées pour justifier ces ordres de mission sont infondées. Le scrutin à Dakar ne peut pas être sincère, car les ordres de mission ont eu un impact sur les résultats. Il faut aussi qu’on nous dise lequel des chiffres sur le nombre d’inscrits est le bon. Celui du ministère de l’Intérieur, dans son communiqué du 20 juillet qui affirmait que le nombre d’inscrits s’élevait à 6 214 178, ou celui du Conseil constitutionnel qui parle de 6 219 446, soit une différence de 5268. Pour couronner le tout, le DGE se réfère aux déclarations des observateurs internationaux. Lui-même ayant été observateur international à plusieurs reprises, je lui pose la question de savoir dans quel pays, des observateurs internationaux ont remis fondamentalement en cause l’organisation des élections. Récemment au Kenya, au moment où les observateurs se réjouissaient de la bonne tenue des élections, des troubles ont éclaté et l’insécurité s’est installée. La bonne attitude aurait été de faire une évaluation exhaustive pour éviter ces errements à l’avenir. Mais lorsque le président de la République lui-même a un comportement plus partisan que républicain, on comprend facilement la position du ministre et de ses subordonnés.

Alors que faire maintenant pour l’avenir ? Est-ce que le dialogue entre pouvoir et opposition ne serait pas nécessaire ?

Le pouvoir en place ne s’est jamais inscrit dans une logique de dialogue sincère. Il fait de la manipulation et du saupoudrage. Mais c’est à l’opposition de s’organiser et d’exiger l’ouverture de concertations sur tout le processus électoral. Il faut véritablement tout revoir avec tous les acteurs, sous la supervision de la communauté internationale, à travers les organismes habilités. Nous avons un vrai problème avec la question électorale. Si nous ne la résolvons pas, les résultats seront toujours identiques.

 

Y a-t-il des préalables ?

Bien sûr ! Le préalable, c’est le départ du ministre Abdoulaye Daouda Diallo. Les acteurs ne lui font plus confiance. Son départ de la tête du ministère de l’Intérieur est le premier gage pour l’ouverture de concertations sérieuses. Ensuite, la Commission Electorale Nationale Autonome (CENA) a montré ses limites. Durant ces élections, elle a fait montre d’une passivité inquiétante. Nous devons évoluer vers une Commission Electorale Nationale Indépendante (CENI) pour plus d’indépendance, car la CENA est encore sous le joug du ministère de l’Intérieur, qui contrôle son budget. Le mandat du président et de certains membres est épuisé depuis longtemps et pourtant, ils sont toujours en place. Cela crée forcément de la dépendance.

Propos recueillis par

Mamadou Lamine CAMARA

 

 

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