ME AMADOU SALL, SUR «L’EXIL FORCE» DE KARIM WADE «Le PDS et son candidat ont décidé de mettre fin à ce qui leur apparaît comme une forfaiture»

Les libéraux comptent tout mettre en œuvre pour «le retour gagnant» de Karim Wade, au Sénégal. «Le PDS et son candidat ont décidé de mettre fin à ce qui leur apparaît comme une forfaiture», assène Me El Hadj Amadou Sall, membre du Comité directeur. Dans cet entretien, l’ancien garde des Sceaux ne manque pas d’enfoncer le clou par rapport au livre blanc de «Wattu Senegaal» sur les Législatives, et évoque d’autres questions d’actualité.

Le ministère de l’Intérieur a publié un document dans lequel il répond violemment à votre coalition sur les problèmes que vous avez eu à soulever par rapport aux élections législatives. Quel commentaire en faites-vous ?

Je n’ai aucun commentaire particulier à faire. Sauf peut-être à souligner la surprenante violence des propos de la part de hauts fonctionnaires, qui n’ont jamais été cités, ni mis en cause, et qui continuent d’officier, alors que certains parmi eux, pour ne pas dire presque tous, ont en principe atteint la limite d’âge. Pour l’essentiel, au demeurant, les fonctionnaires qui ont cru devoir se situer sur le terrain de la polémique stérile, ne font que confirmer tout ce qui a été écrit. Bref, nous, nous avançons à visage découvert. Que nos adversaires politiques, voleurs de cartes et de scrutins, en fassent de même.

Avez-vous les preuves de vos graves accusations ?

Sauf si la parole du chef de l’Etat est dévaluée ou si celle du ministre de l’Intérieur ne vaut plus rien, nous n’avons pas besoin de preuves supplémentaires, leurs aveux circonstanciés sont largement suffisants pour établir l’exacte matérialité de ce que nous affirmons. C’est le chef de l’Etat, revêtu de son manteau de chef de parti, qui rapporte, au cours de la réunion de la direction de l’APR (son parti), que 80% des cartes d’identité nationale, tenant lieu de cartes d’électeur, ont été fabriquées. Cela veut dire que 20% des cartes n’ont pas été fabriquées, soit un stock d’au moins un million de citoyens exclus de fait, du scrutin. Pour quelles raisons leurs cartes n’ont pas été fabriquées ? Le chef de l’Etat, chef de parti, n’en dit pas un mot. Où sont passés les 52 milliards votés pour tout organiser ? Il se tait et ne donne aucune explication, poussant certains, dont moi-même, à des soupçons de détournement ou de corruption. C’est aussi le ministre de l’Intérieur, lui-même, qui a dit que 30% des cartes ne seront pas distribuées. Je suppose que cela ne peut concerner que les cartes déjà fabriquées, c’est-à-dire que, là également, au moins un million de citoyens ne pourront disposer de leurs cartes d’électeur pour exercer leurs droits. Si à moins de trois jours du scrutin, deux millions d’électeurs n’ont pas pu disposer de leurs cartes d’électeur, du fait exclusif du gouvernement, pourquoi devrait-on parler d’incompétence, alors qu’il s’agit manifestement d’un sabotage délibéré pour empêcher un très grand nombre de citoyens de participer au scrutin ? En dépit de leurs explications tordues et malicieuses, ces faits têtus ne pourront jamais être contredits. Ce sont aussi des preuves irréfutables de ce que nous avançons. Nous n’accusons pas, nous établissons la vérité de faits incontestables.

Que vous inspirent les propos des services d’Abdoulaye Daouda Diallo, selon lesquels votre livre blanc est «un tissu de contrevérités enchevêtrées dans des affirmations gratuites» ?

Nous ne répondons pas à des fonctionnaires qui prennent le pari de s’en prendre à des hommes politiques, dans un langage qui les éloignent des obligations et devoirs de leurs charges. Nous attendons que le chef de l’Etat, chef de parti, ou le ministre de l’Intérieur, responsable politique et maire de commune, tiennent de tels propos à notre endroit pour y répondre. Nous y mettrons la manière !

Vous dites que vous n’allez plus participer à des élections organisées par Macky Sall. Mais d’après certains observateurs, vous n’oserez pas mettre à exécution vos menaces…

Tant que ces observateurs restent anonymes, leurs jugements ne nous concernent pas et ne méritent aucune réponse. Cependant, nous réaffirmons avec force que, non seulement il est hors de question de participer à un quelconque scrutin organisé par Macky Sall et son gouvernement, mais avec le peuple, nous nous y opposerons de toutes nos forces et avec tous les moyens légitimes que nous offre la Constitution de la République, dans son corpus comme dans son préambule. Je rappelle que la Constitution permet aux citoyens, donc au peuple qui, seul, détient la souveraineté, de s’opposer et de résister à l’oppression. Il n’y a pire pas oppression, lorsque les gouvernants empêchent le peuple de choisir librement ses représentants. Le tiers des électeurs inscrits, n’a pu participer au scrutin du 30 juillet dernier, du seul fait fautif du gouvernement, de telle sorte que le pouvoir qui est soutenu par une Assemblée illégitime, est un pouvoir usurpé. Nous avons le devoir de nous opposer à ce qu’un scrutin soit organisé par un pouvoir illégitime, qui n’hésitera pas à voler et à tricher. On ne confie pas ce qui fait notre citoyenneté aux voleurs de la République.

Partagez-vous l’opinion d’Idrissa Seck, qui a déclaré que l’opposition a une grande part de responsabilité dans sa défaite aux Législatives, pour n’avoir pas su faire preuve d’unité ?

Si l’opposition s’était présentée unie aux Législatives, la seule question qui se poserait aujourd’hui, se limiterait au choix des hommes de notre nouvelle majorité, qui seraient chargés de conduire les changements que notre peuple souhaite et attend. Il faudra bien un jour, tirer le bilan de nos divisions, tout en reconnaissant qu’il aurait été victorieux de laisser Abdoulaye Wade conduire les troupes.

Que pensez-vous du débat autour du chef de l’opposition ?

Il n’y a aucun débat autour de la question du chef de l’opposition. Il y a eu une escroquerie politique et une faute du chef de l’Etat, qui n’a pas respecté les termes de son serment. Devant Dieu et devant la Nation  sénégalaise, il a juré «…d’observer comme de faire observer scrupuleusement, les dispositions de la Constitution et des lois…». Malgré ce serment, il ne s’est jamais prononcé sur le statut du chef de l’opposition, refusant d’appliquer une disposition de la Constitution qui le met très mal à l’aise, puisqu’il aurait dit que, jamais, il ne désignera Abdoulaye Wade chef de l’opposition. Il faudra qu’il se résolve à agir et à désigner le chef de l’opposition, dans le strict respect de la loi, soit celui qui est arrivé deuxième lors de l’élection présidentielle de 2012, soit celui qui est tête de la liste arrivée en deuxième position lors du scrutin législatif du 30 juillet dernier, ou à accepter de désigner la personne que ce dernier aura choisie. Ne rien faire doit être assimilé à un parjure.

Le cas Karim Wade devient de plus en plus énigmatique. Il a brillé par son absence lors des élections. Quand est-ce qu’il va rentrer au Sénégal ?

Il n’y a ni énigme, ni suspense, s’agissant de Karim Wade, candidat de notre parti à la prochaine Présidentielle. Tout le monde s’accorde aujourd’hui sur son exil forcé, voulu et organisé par Macky Sall. Pour le reste, il est évident que nous aurions aimé qu’il fût parmi nous et apportât sa contribution physique et politique à notre campagne électorale. C’était notre désir, c’était aussi notre attente. Nous étions, vérité, concentrés sur notre campagne et n’avions pas non plus engagé le combat pour mettre fin à son exil et organiser son retour au pays. Les interminables discussions et négociations pour une liste unique, ne nous ont pas toujours donné assez de temps et l’organisation du retour triomphal de Me Wade était notre priorité majeure, puisqu’il était notre tête de liste. Maintenant que l’élection présidentielle est à l’horizon, il est évident que notre super-priorité est le retour de notre candidat. Macky Sall n’y pourra rien, qu’il le veuille ou non, nous organiserons le retour gagnant de notre candidat.

Quand vous dites que Macky Sall ne pourra rien contre le retour gagnant de votre candidat à la Présidentielle de 2019, est-ce à dire que vous reconnaissez qu’il y a eu un protocole d’accord pour la libération de ce dernier ?

Comment peut-on négocier un exil forcé ? L’exil forcé, c’est une situation qu’on impose à une personne pour l’empêcher de rester sur place. Si les mots ont encore un sens, un exil forcé reste une déportation à laquelle il est mis un terme, soit par une décision de son auteur, soit par le combat de celui qui la subit. Le PDS, son candidat et leurs sympathisants, ont décidé de mettre fin à ce qui leur apparaît comme une forfaiture. C’est pourquoi nous disons qu’il plaise ou non à Macky Sall, nous lui imposerons le retour gagnant de notre candidat. Qu’il prenne son courage à deux mains et se prépare donc à affronter notre candidat qui lui fera mordre la poussière. Il a la force de brutaliser, d’emprisonner, d’exiler ses adversaires et de voler les élections, le moment est bientôt venu pour lui d’avoir enfin le courage d’affronter notre candidat. Il sera battu à plate couture !

Pensez-vous que Khalifa Sall doit recouvrer la liberté, du fait de son nouveau statut de député ?

Khalifa Sall n’a pas sa place en prison. Pour ce qui me concerne, j’ai la certitude qu’il s’est agi d’une tentative de liquidation d’un adversaire politique, comme malheureusement, Macky Sall en a l’habitude. La brutalité est chez lui, une méthode de gouvernance. Ensuite, le peuple a décidé d’envoyer Khalifa Sall à l’Assemblée nationale, et à moins qu’il violer encore la volonté de notre peuple, l’heure est enfin venue pour Macky Sall, de se rendre à l’évidence et de souffrir que des Sénégalais contestent sa politique. Khalifa Sall doit être libéré.

Propos recueillis par Ibrahima SALL

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