DETTES MENSUELLES, TONTINES, PETITS COMMERCES… La gymnastique quotidienne des femmes pour joindre les deux bouts

La difficile conjoncture économique ne fait point de cadeaux aux femmes. Débrouillardes, elles font des pieds et des mains pour remplir leurs paniers face à un marché aux prix instables. Entre dettes mensuelles, tontines et petits commerces, elles rivalisent de stratégies pour compléter la dépense des maris et arrondir les fins de mois. 

L’on serait tenté de dire que les ménages sont assis sur des braises, vu les difficultés que les chefs de familles rencontrent pour joindre les deux bouts. D’ailleurs, l’Agence Nationale de la Statistique et de la Démographie (ANSD) fait état, dans un rapport, que la pauvreté déclarée, reste importante au Sénégal, mais elle est surtout concentrée en milieu rural. Elle demeure corrélée avec le sentiment d’insatisfaction des ménages en termes de bien-être et de conditions de vie, où l’insuffisance du revenu semble déterminante. Une situation qui conduit les ménages à rationner, tant qualitativement que quantitativement, la nourriture, pour tous les membres de la famille, y compris les enfants de moins 15 ans. En outre, entre 55,9% et 51,5% des ménages ont eu des difficultés, respectivement, à se procurer des aliments sains et nutritifs, à respecter le nombre minimal de 3 repas par jour. Une situation que les réalités du marché confirment tous les jours. Les femmes peinent à remplir le panier pour les repas quotidiens. Pour avoir assez de légumes, de viande ou de poissons, il faut être astucieux et débrouillard. L’ANSD fait également état, pour le mois de juillet, d’une «hausse des prix de légumes frais en feuille, de 26,4% ; des légumes frais en fruit ou racine, de 25,2% ; des poissons frais, de 12,6% ; des tubercules et plantains, de 10,8% ; ainsi que de la viande de bœuf, de 2,3%». La baisse de la production maraichère et celle de l’offre en poissons, en sont les causes. Une situation que des femmes ont confirmée, au marché de Castors. Mme Badiane est une femme au foyer rompue à la tâche. Technicienne de surface dans une agence immobilière, elle confie : «Ma dépense quotidienne est loin de me satisfaire. La somme que j’ai quotidiennement, ne peut pas couvrir toutes mes dépenses. Avec les 5000 francs CFA que je reçois chaque jour de mon mari, pour une famille de 8 personnes, c’est clair que si je veux faire de la bonne cuisine, je dois débourser de ma propre poche». «Les hommes ne donnent que ce qu’ils peuvent. Alors, moi, je tiens mon petit commerce avec lequel j’aide ma famille. Mais ce qui plus handicapant, ce sont les prix qui varient du jour au lendemain. Actuellement, les légumes sont très chers. Le kilogramme de carottes qui était à 300 francs CFA est à 1000 francs CFA. La salade a disparu des étals, sans compter les poivrons rouges et jaunes qui sont intouchables», confie-t-elle. Dans la même logique, Astou Kassé, une enseignante, de dire : «C’est à la boutique de mon quartier que j’achète les compléments, car la dépense quotidienne ne suffit pas. Je prends ce dont j’ai besoin et à la fin du mois, je paye à l’insu de mon mari. C’est avec mon salaire que je règle ces petites dépenses. On est dans un contexte où tout est cher. Il faut qu’à notre niveau, nous aidions nos maris également, car les prix ne sont pas stables sur le marché». Cette couturière du nom d’Arame, venue se procurer des légumes, est dépitée par les prix trop chers. «On est désappointé quand on vient au marché ; tout est cher. Moi, je gère mon propre atelier de couture. Certes, je gagne de l’argent et c’est avec cela que je complète ce que mon mari me donne comme dépense. Je ne lui demande pas plus qu’il ne me donne, car je sais que la vie est trop chère et qu’il a aussi d’autres charges», explique-t-elle. Secrétaire de direction en congé de maternité, Mme Thiam juge que les charges qui pèsent sur les hommes sont trop lourdes. «Il y a le loyer, la scolarité des enfants, la santé, etc. Et c’est pourquoi je garde une partie de mon salaire pour compenser ma dépense quotidienne que mon mari me donne, parce que l’on ne maîtrise pas le marché. Je participe aussi à des tontines pour constituer quelques économies», éclaire-t-elle. Contrairement à nos premières interlocutrices, Mbayang Samb, une femme au foyer, est radicale. «Je ne compte pas aider un homme dans ses devoirs, car quand ils ont une petite marge, les hommes prennent d’autres épouses. C’est lui qui est tenu de tout faire. A charge pour lui de tout assurer dans la maison. Moi, mes économies, je les garde pour mes propres besoins», assène-t-elle.

DEPENSE QUOTIDIENNE INSUFFISANTE

Les femmes trop dépensières, selon les maris

Dans un contexte actuel où le coût de la vie est élevé, les femmes doivent se serrer la ceinture. C’est l’avis d’un vendeur de légumes établi au marché de Castors, Ameth Lam, qui accuse les femmes. «Elles se plaignent, parce qu’elles participent à beaucoup de tontines au niveau des marchés. Tout ce qu’on leur donne, elles en versent une partie pour les tontines, pour après acheter de l’or. Les hommes font ce qu’ils peuvent pour subvenir aux besoins de la famille. Il faut que les femmes nous aident en retour. Elles dépensent trop d’argent pour des futilités». Ce taximan d’origine guinéenne, invite, pour sa part, les épouses à un soutien envers leurs époux. «Vu le contexte économique actuel, tout le monde doit participer au ravitaillement mensuel de la famille. Je suis en mesure de dire que sur 100 femmes, la moitié ne le fait pas, parce qu’elles attendent tout des hommes. Au Sénégal, les femmes sont toutes matérialistes. Une femme mariée doit aider son mari dans la discrétion. Ce n’est qu’au Sénégal qu’on voit les femmes attendre tout des hommes, elles doivent aussi se battre». Pour A. Diallo, caissier d’une agence WARI, «c’est une option. Chaque femme est libre de le faire. Pour mon cas, ma femme est très brave. Je sais qu’elle fait des sacrifices pour m’aider dans les dépenses, parce que j’ai trop de charges».

Awa DABO

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