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PAPE SAMBA SARR, REALISATEUR, SCENARISTE, PRODUCTEUR: «Nous sommes motivés par un cinéma qui sort du Sénégal, quel que soit l’encadrement»

Ecrivain, danseur, rappeur, chercheur à l’Institut d’Egyptologie des Civilisations Africaines en France (IECA), rédacteur du magazine culturel «YétéMag», champion de Taekwondo, Pape Samba Sarr est un enfant de balle, multi-casquettes comme son père, feu Abdoulaye Farba Sarr qui fut metteur en scène, président du théâtre populaire et de la musique amateur. Sa mère, Nicole Sarr, a marqué de sa voix plusieurs générations d’Africains en tant qu’ancienne animatrice à l’ORTS (Radio Sénégal). Pape Samba Sarr est tombé dans la marmite culturelle dès la naissance, c’est donc tout naturellement qu’il traduit et réunit ces diverses facettes au service «S-Prit», une nouvelle série qu’il veut innovante dans le paysage audiovisuel africain.

Vous avez grandi dans une famille culturelle, vous venez de produire une série, peut-on savoir qui est Pape Samba Sarr ?

Je m’appelle Pape Sarr. Je suis un homme simple, qui adore la culture, influencé par mes parents qui étaient dans le milieu culturel. J’ai carrément grandi dans la banlieue française. Je suis parti du Sénégal à l’âge de 11 ans. J’ai toujours été dans le milieu artistique, malgré mes cours à l’école. J’ai été dans le milieu hip-hop, j’ai fait la danse, du rap, j’ai écrit des livres de philosophie, j’avais un magazine culturel aussi. Bref, j’ai toujours été dans le milieu de la scène. Je suis aussi professeur de taekwondo, champion de France. J’ai beaucoup de casquettes artistiques, vous choisirez ce que vous voulez.

«S-Prit» est votre 1ère production. Pourquoi le cinéma et pas les livres ?

La télévision, c’est ce qu’il y a de mieux pour passer l’information, quel que soit le domaine de l’activité.  Avant, c’était la radio, l’écriture, mais comme les gens ne lisent plus beaucoup, ils sont beaucoup plus intéressés par du buzz, tout ce qui est people. Donc, quand vous faites un livre intellectuel, c’est toujours les intéressés qui vont le lire et vous ne pouvez pas atteindre un large public. La télévision n’est pas mal, quand c’est mis sous la scène de manière théâtrale, de manière cinématographique, on peut attirer beaucoup de public. C’est une série de 25 mn et de 25 épisodes. Je suis déjà dans l’écriture de la seconde saison.

Parlez-nous un peu du titre. De quoi parle votre film ?

C’est une série policière. «S-Prit», c’est très complexe. Parce qu’il y a plusieurs casquettes, dans le temps ancien, on l’utilisait pour dire le souffle de Dieu, on l’utilisait pour parler de l’inspiration. On l’utilise aussi dans le cadre éducatif pour dire les principes de la vie de l’homme… C’est le siège de la conscience, de la pensée de l’être humain. Mais dans le cas-ci, c’est «S-Prit». Je donne un exemple : vous voulez jeter un papier dans la rue, qu’est-ce qui se passe dans votre tête ? Donc, c’est toujours le combat du Bien et du Mal, l’interdépendance entre le Bien et le Mal.

Comment avez-vous appréhendé cette série ?

Ce n’est pas une critique, moi je pense que la critique, c’est quelque chose qui ne devrait pas exister, donner son avis, oui. Ce que les Asiatiques mangent, ça peut être ce qu’on mange nous, mais pourquoi on dit que c’est mauvais ? Donc, quand quelqu’un dit «moi, je n’aime pas», un autre peut dire «moi, j’aime». Quand tu critiques, quelqu’un d’autre peut aimer. J’ai voulu élargir le panel des sujets de ce qu’il y a au Sénégal. Par exemple, quand je parle d’un gouvernement, d’un Conseil national de sécurité, d’un service de renseignement, d’un corps médical, d’un tribunal. Mais les Américains font des séries sur ça ! On a tout ça ici, mais on ne traite pas ces sujets-là.

Est-ce vous avez intégré la police ou fait des recherches pour éviter les faux raccords ?

Une fois que vous parlez d’un tribunal, d’une police, d’un hôpital, il y a forcément de la recherche à faire. Il faut que le scénariste ait une base à ce niveau-là et si tu parles de Conseil national, il faut savoir comment ça se passe au Sénégal ; automatiquement, il y a une recherche à faire et ça devient plus complexe. C’est peut-être ça qui manque un peu au Sénégal, mais on a voulu traiter tout ça dans notre série.

Qu’-est-ce qui vous a motivé à réaliser cette série ?

Moi, je ne suis pas contre l’amusement ; il y a beaucoup de comédie. Je ne suis pas contre les histoires d’amour ; il y en a beaucoup et sont traitées de différentes manières. On parle de la polygamie dans notre série, on parle du mariage forcé, on le fait même des fois de manière drôle. Mais ce qui m’a motivé, c’est ce que j’appelle un cadre intellectuel. Nous, en Afrique, on devrait avoir notre propre paramètre, paradigme intellectuel. Je donne l’exemple d’un film le projet «BlairWitch» sorti en 99 aux USA et tourné en 8 jours par des jeunes qui n’avaient pas appris l’art. Ils ont pris des caméras amateur, mais ce film a tout gagné, ils ont fait des bénéfices que personne n’a faits jusqu’au jour d’aujourd’hui. Ce qui est important après avoir fait votre produit, c’est le public qui décide. Moi, ce qui m’a motivé, c’est le fait d’être créatif, faire des choses nouvelles.

Beaucoup de séries au Sénégal. Quelle est la particularité de votre série ?

Il y a beaucoup de particularités, parce qu’on a essayé d’élargir le panel des sujets. Qu’on le veuille ou pas, on est toujours influencé par quelque chose dans la vie. Quand un Américain fait un film, c’est le monde entier qui regarde le film, même au fin fond de mon village, à Ngane Saër, sis à Kaolack. On peut dire que l’Américain est fort, qu’il a réussi son coup. Nous sommes motivés par un cinéma qui sort du Sénégal. Quel que soit l’encadrement, quels que soient les moyens, parce qu’on n’a pas les studios d’Hollywood, nous faisons tout pour que ça sorte à l’international. On utilise 95% de français dans notre série. Non, ce n’est pas par complexe, mais pour que tout le monde entende. Quand vous regardez un film, vous vous identifiez à la mode, au port vestimentaire. Moi, en premier. Quand j’étais en France, les films de noirs américains, tout ce qui s’y portait, je le copiais sans même chercher à comprendre. Maintenant, on s’identifie à ce qu’on appelle les personnages, le comportement, là c’est plus sérieux. La touche nouvelle qu’on veut apporter, c’est qu’on veut être moderne. Il ne faut pas refuser la modernité, car ça n’a rien à voir avec la culture et les valeurs.

C’est pourquoi dans votre film, vous portez tout le temps des costumes…

Mais au Sénégal, on met un boubou, parce que c’est pratique, il fait chaud. En France, ce n’est pas le cas. C’est un problème d’adaptation et de pratique. Souvent, des modes que nous pensons européennes, sont plutôt africaines. Il y a des gens qu’on appelle les Maures noirs, qui ont dominé l’Europe pendant 800 ans, toutes les modes européennes qu’on voit, ce sont eux qui les ont amenées là-bas. Ce n’est pas moi qui le dis, mais c’est les archives de l’Europe. Il y a un Maure noir qui s’appelle Ziriyam, c’est lui qui a emmené en France la mode des quatre saisons, l’art de la table et de la restauration, les plats desserts… Nous allons porter le boubou, le costume par pratique, par rapport à des scènes d’actions. On a déjà 2 stylistes qui vont confectionner des habits avec la touche africaine, mais par contre très modernes.

Dans la série, il n’y a que de nouveaux acteurs. Pourquoi ce choix ?

Ça, j’y tenais beaucoup. J’ai eu même des contacts qui jouent dans des séries, ce n’est pas que j’ai refusé. J’ai voulu vraiment amener du sang neuf. J’ai voulu moi-même dompter les gens qui viennent avec moi. Je travaille différemment. J’ai voulu faire à ma façon, parce qu’ils ont déjà appris l’art dramatique. Ils vont vouloir suivre des normes. J’ai voulu prendre des jeunes qui étaient passionnés et je choisissais uniquement ce que j’appelle le don. Parce qu’aussi en Afrique, on a ce problème-là. Que ce soit en politique ou bien ailleurs, les vieux ne veulent pas quitter. Ils ne doivent pas forcément quitter, mais ils doivent accompagner la jeunesse. Que vous le vouliez ou non, les jeunes vont écouter Rihanna. Si vous n’entrez pas sur ce terrain-là, vous ne pouvez rien leur apprendre. Vous ne pouvez pas les éduquer. Ils vont toujours rester sur ce terrain-là et ceux qui les éduquent, c’est les autres, ils vont leur transmettre des valeurs que nous, nous n’avons pas.

Et côté production, ça doit être coûteux ?

La production, c’est quelque chose de compliqué, parce que c’est le côté financier, je suis seul pour l’instant. Aujourd’hui, vous voyez les Américains, c’est 2 ou 4 producteurs, et le film va cartonner. Moi, quels que soient mes moyens, je vais toujours chercher ce genre de partenariat, les producteurs financiers pour tout réaliser. Le cinéma, c’est quelque chose qui te fait rêver. On cherche à montrer les côtés les plus beaux du Sénégal. Ce ne n’est pas être complexé, il faut juste avancer. Et au besoin, on montrera un endroit au village, au niveau de la scène, mais on ne peut pas montrer que le village. Il faut signaler aussi que quand j’ai voulu tourner, je n’ai pas eu accès à plusieurs endroits.

Adama Aïdara KANTE

 

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