ABOU ABEL THIAM, RESPONSABLE «APERISTE» ET PRESIDENT DU COLLEGE DE L’ARTP: «L’adversité à l’intérieur du pouvoir est souvent plus féroce que l’adversité entre le pouvoir et l’opposition»

Membre de l’Alliance pour la République (APR), Abou Abel Thiam – qui milite à Pikine – se dit «satisfait» des résultats politiques des élections législatives du 30 juillet dernier. Dans l’entretien qu’il nous a accordé, M. Thiam arbore également sa casquette de président du Collège de l’Autorité de Régulation des Télécommunications et des Postes (ARTP), pour se prononcer sur la guerre entre Kabirou Mbodj, président du groupe WARI, et Yérim Sow, président de Teylium-Njj-Sofima, pour l’acquisition de la licence de TIGO. Il a tenu à lever toute équivoque concernant le décret N° 2017-1475, en date du 1e août 2017. 

Vous êtes membre de l’APR, quelle analyse faites-vous des résultats des élections législatives ?

Si vous regardez l’histoire des élections dans notre pays, les résultats des élections présidentielles sont rarement les mêmes que les résultats des Législatives, même lorsque les élections sont concomitantes, parce que d’un coin à l’autre, les populations peuvent être enclines à ne pas voter pour quelqu’un. Non pas parce que ces populations ne veulent pas de Macky Sall dans le cadre de «Bénnoo Bòkk Yaakaar» ou ne sont pas contentes de l’action gouvernementale, mais peut-être parce que le candidat local a des problèmes avec ses concitoyens. D’un terroir à un autre, d’une région à une autre, cela fait qu’il y ait plusieurs raisons qui entrent dans l’explication d’un résultat électoral. Et au demeurant, si on reste sur les résultats électoraux, il y avait 47 listes ; la liste de «Bénnoo Bòkk Yaakaar» a gagné et largement gagné. Regardez l’amplitude de l’écart entre la liste de «Bénnoo Bòkk Yaakaar» et ceux qui suivent. Même si on applique cela de façon schématique à une élection présidentielle, c’est quand même Macky Sall qui sortirait vainqueur. Moi, je suis satisfait des résultats politiques de ces élections.

Mais pour l’opposition, ce sont les pires élections depuis 1960. Comment réagissez-vous à cette sentence ?

On ne peut pas nier qu’il y a eu des problèmes. C’est réel, c’est palpable et c’est regrettable. On ne va pas se voiler la face et faire l’injure aux Sénégalais. Maintenant, aucune œuvre humaine n’est parfaite. Mais quand des citoyens viennent attaquer des bureaux de vote, par dizaines, pour saccager tous les matériels électoraux qui étaient là-bas, alors, ce n’est plus un problème d’organisation, mais un problème de citoyenneté, de discipline. Et la loi est là pour tout le monde. L’Etat est là pour sanctionner des méfaits pareils. Par ailleurs, il y a eu des problèmes qui font que beaucoup de citoyens n’ont pas reçu leurs cartes.

Le Premier ministre, Mahammad Boun Abdallah Dionne, tête de liste nationale de «Bénno Bòkk Yaakaar», lors de ces élections, n’a pu tenir son meeting dans votre fief, à Pikine. Comment expliquez-vous cette situation ?

C’est fâcheux qu’à Pikine et à Kaolack, pour des problèmes de querelles intestines, la campagne de «Bénnoo Bòkk Yaakaar» eût été entachée. C’est malheureux. Ce qu’il faut retenir, c’est que j’ai appris que l’adversité à l’intérieur du pouvoir est souvent beaucoup plus féroce que l’adversité entre le pouvoir et l’opposition. On est dans une sorte de magma où il est permis à chacun aujourd’hui, de venir s’autoproclamer responsable de l’APR. Quelqu’un peut venir à Tivaouane Diacksao, où je milite, et contester mon leadership là-bas. Il n’y a aucune structuration qui vous permette d’empêcher de le faire, et c’est valable partout. Alors, résultat des courses : des gens qui se disent fortunés ou bien qui ont des proximités avec telle autorité ou une autre, se fondent sur cela pour venir bafouer la légitimé des gens qui ont été là au moment historique, des pionniers, des gens qui ont sué, qui se sont sacrifiés, des gens qui ont porté sur les fonts baptismaux, l’Alliance pour la République. Et ça, ça ne peut pas manquer de susciter des réactions d’autodéfense, de résistance. L’APR n’est pas un parti à acheter et ne saurait être non plus, un parti où des transhumants viennent, sur la base de leur argent ou de leurs luxueuses relations, prendre ce qui n’est pas leur dû. Souvent, la légitimité contre l’argent, l’apport historique et politique contre le coefficient personnel, l’historicité contre la proximité avec certains, donnent souvent des scènes qu’on n’aimerait pas voir, surtout de la part de nous, les dirigeants du parti.

Vous êtes également le président du Collège de l’Autorité de Régulation des Télécommunications et des Postes (ARTP). Il y a beaucoup de bruit autour de la cession de la licence de TIGO. Pouvez-vous nous faire le point sur ce dossier qui déchaîne des passions ?

Tout d’abord, la loi dit que la licence n’est pas la priorité de celui à qui elle est attribuée. Dans tous les cas, c’est la licence de l’Etat du Sénégal, qui peut l’attribuer à quelqu’un pour une durée bien déterminée. Dans une première phase, l’Etat a été informé de la volonté de MILLICOM de céder cette licence à WARI. Et il a été demandé à l’Etat ? une sorte de certificat de non-objection. Aux derniers résultats, lorsque cette expression de non- objection de l’Etat a été faite, il s’est trouvé qu’entre les deux cocontractants, en l’occurrence WARI et MILLICOM, la chose n’a pas abouti.

Mais l’Etat a déjà approuvé cette cession avec le décret pris par le Président Macky Sall…

Avant la prise de ce décret qui sanctionne la non-objection de l’Etat, c’est-à-dire qui valide, non pas la cession, mais la volonté de cession, il s’est trouvé qu’il y a eu des problèmes entre les deux cocontractants. Des problèmes qui ont été exposés à nous tous, les intervenants dans le secteur des télécoms, comme le grand public. MILLICOM nous a informés de sa volonté de céder la licence TIGO à un nouveau consortium, c’est-à-dire celui de Yérim Sow. Et par la même occasion, MILLICOM nous a informés de l’avortement du processus par lequel WARI et MILLICOM entendaient procéder à cette cession.

Est-ce à dire que le président de la République pourrait prendre un autre décret en faveur de Yérim Sow ?

Ce qu’il faut retenir, c’est que le décret pris par le président de la République était un décret qui validait l’accord de cession entre WARI et MILLICOM. Mais si au final, comme on nous l’a présenté après l’accord de cession, il n’y a pas eu de cession, nous ferons savoir que nous sommes dans un Etat de droit, c’est-à-dire un Etat qui applique la loi et qui s’applique la loi. Nous sommes dans un domaine commercial où une fois les problèmes de sécurité et de sûreté de l’Etat réglés, l’Etat ne peut contraindre personne à vendre quoi que soit. Encore moins à vendre à qui que ce soit. La licence appartient à MILLICOM pendant cette durée, et MILLICOM vend à qui il veut. Ça veut dire qu’aujourd’hui, si MILLICOM s’entend avec une entité autre que WARI pour céder, une fois que l’Etat se sera aménagé les moyens de savoir quelle est cette entité, si elle n’est pas une menace pour les intérêts du pays, à partir de ce moment, l’Etat ne pourra que suivre ; c’est-à-dire, constater que quelqu’un qui détient un bail, veut rétrocéder ce bail à quelqu’un d’autre pour la durée qui reste de ce bail. Et il n’y a aucun problème à ce niveau. Donc, il faut comprendre ce décret du Président comme un acte à travers lequel l’Etat ne s’opposait pas. Mais l’Etat ne peut pas interférer dans les relations contractuelles entre privés. Que ce soit avec des nationaux, tant mieux. Que ce soit avec des nationaux, c’est ce que nous voulons. Mais l’Etat ne peut pas se substituer à l’acquéreur ou forcer celui qui cède de le faire pour quelqu’un d’autre. Nous suivons le dossier. S’il est établi qu’il y a rupture de contrat entre WARI et MILLICOM, l’Etat ne pourra que le constater. Nous ne sommes pas là pour entrer dans les détails sur ce qui oppose WARI à MILLICOM.

Propos recueillis par Karamba NDIAYE

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