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Le cours magistral de Bathily à la génération actuelle

Le professeur Abdoulaye Bathily a écrit ses mémoires : «Passions de liberté», dont la présentation, avant-hier, a réuni d’éminents intellectuels autour d’un panel. Un ouvrage qui parait dans un contexte politique national très agité à quelques semaines des Législatives. 

«Ma vie individuelle n’a pas en réalité de sens, si elle ne peut pas servir à la collectivité», s’est ainsi exprimé le professeur Abdoulaye Bathily, lors de la cérémonie de présentation de son ouvrage «Passion de liberté». Une des raisons qui aurait probablement amené l’historien et homme politique à rédiger ses mémoires

«Passion de liberté» est un condensé de décennies de vie qui retrace l’itinéraire de l’homme Abdoulaye Bathily. Au-delà de son enfance dans son Tuabou natal, dans le Bakel, et de sa carrière internationale, l’auteur a voulu aussi, à travers les «années épiques» de la lutte estudiantine, syndicale et politique, apporter, comme il le souligne, «(sa) part d’expérience à la jeune génération, une contribution à l’évolution de (la) société». 

«Comment pouvons-nous admettre qu’il serait encore difficile de tenir aujourd’hui une manifestation?» 

A travers «Passion de liberté», Abdoulaye Bathily dit vouloir aussi «apporter (sa) contribution à la réflexion sur les problèmes du pays et celui de l’Afrique dans le monde d’aujourd’hui, tel qu’il est».  Cela, à travers son itinéraire d’homme public, les brimades à l’école coranique, l’élémentaire, au Prytanée militaire, à l’université avant sa conscription de force dans l’armée. 

«Mais je n’ai jamais accepté tout cela comme une fatalité.  Il nous faut alors réfléchir sur nos actions en s’interrogeant qu’est-ce que nous avons fait de bien ? Quels ont été nos manquements et ce que les jeunes générations peuvent tirer de cette expérience douloureuse que nous avons vécue ?», a souligné l’ancien ministre avant de prodiguer des conseils à la génération actuelle. 

«L’homme doit toujours essayer de se surpasser. Ma ‘Passion de liberté’, c’est le refus de la soumission, elle est aussi le refus de l’injustice. Ma ‘Passion de liberté’, c’est le combat pour la liberté des autres, mais aussi l’amour de sa patrie et du continent africain; passion de lutter pour la liberté de manière collective de ce continent, meurtri et soumis que nous devons avoir comme devoir de libérer», a fait savoir l’ancien pensionnaire de l’Université de Birmingham. 

Et de  poursuivre : «Cette ‘Passion de liberté’ est aussi, une invitation à la jeune génération à faire aussi son devoir comme le disait Frantz Fanon : ‘chaque génération doit, dans une relative opacité, découvrir sa mission, l’assumer ou la trahir’. Les jeunes d’aujourd’hui font leur devoir dans des conditions différentes de celle des jeunes du Sénégal post-indépendant, une période épique où la liberté de se réunir n’existait pas».  Aujourd’hui, «il y a l’avantage des radios, des réseaux sociaux. A l’époque tout cela n’existait pas, la liberté de se réunir n’existait pas», dit-il, en faisant référence à une «période épique» où il ont dû donner d’eux-mêmes face à un régime qui avait et la radio nationale et Le Soleil, seul quotidien de l’époque. «J’ai voulu rendre hommage à la jeunesse d’avant pour les sacrifices consentis pour qu’on en arrive là» avec l’acquisition de nouveaux droits dans des conditions difficiles, risquées, ayant conduit à des élections libres, démocratiques et transparentes. 

«Il y a eu dégradation des mœurs politiques dans notre pays, l’ébranlement de la fibre morale des citoyens…»

Mais, pour ce héros de l’avènement de la première alternance des années 2000, la lutte ne s’arrête pas à l’alternance politique. «Au-delà de l’alternance politique qui en est une étape, il faut aussi l’alternative. C’est-à-dire la transformation qualitative de la société», a indiqué l’ancien pensionnaire du Prytanée militaire de Saint-Louis. Avant de regretter, cependant, la restriction des libertés publiques dans le pays. «Et nous n’y sommes pas encore. Comme un travail de Sisyphe, les harcèlements se sont succédés. La répétition des erreurs et des fautes. J’ai montré jusqu’aux évènements de mars 2021, comment pour nous, qui venons de si loin, qu’il soit encore difficile de tenir aujourd’hui une réunion ou une manifestation ?», a déploré l’ancien leader des “jallarbistes”.

«La loi 78-02 qui règlemente les manifestations, c’est à partir de la lutte du Syndicat unique et démocratique des enseignants (SUDES) créé en 1976, qu’il y a eu un semblant de droit». Et malgré cela, explique-t-il, toute demande de manifestation, qu’elle soit syndicale ou autre, était restreinte par les gouverneurs et autres autorités administratives de l’époque, au motif de «pas suffisamment de forces pour encadrer la manifestation», «à cause de la situation du pays», «menaces réelles de troubles à l’ordre public» ou alors «à la suite de surexcitation des esprits». Mais, «on a suffisamment de forces pour la réprimer», déplore l’ancien Secrétaire général de la LD/MPT qui dit encore garder un pile d’exemplaires d’arrêtés de ce genre.

«Notre ‘Passion de liberté’, c’est aussi une démocratie apaisée dans notre pays, pour que les acteurs politiques, les acteurs sociaux, se considèrent comme des partenaires ayant les mêmes droits et les mêmes avantages. Que l’on soit dans l’opposition ou dans le pouvoir. Je n’ai jamais considéré que, étant dans un gouvernement, je devais me taire, lorsque je voyais l’injustice ou lorsque je constatais que les droits de quelqu’un d’autre, qu’il soit avec moi ou pas, étaient piétinés. Rare était un ministre qu’on disait millionnaire ou qui avait deux ou trois maisons. Ça n’existait pas. On pouvait compter du bout des doigts», a asséné l’ancien représentant du Secrétaire général des Nations Unies dans la région des Grands lacs. 

«C’est cette passion de liberté je vois chez les jeunes aujourd’hui et je les encourage à ça» «Il y a eu dégradation des mœurs politiques dans notre pays, l’ébranlement de la fibre morale des citoyens, parce les dirigeants ne donnent pas l’exemple. Pour qu’une société avance, il faut accepter la critique et accepter aussi de se remettre en cause. C’est de cela qu’il s’agit aujourd’hui», a dit Abdoulaye Bathily qui admet qu’«on ne peut pas faire son temps et le temps des autres. Mais en tant que militant, je ne suis pas pessimiste dans ma perspective historique dans l’évolution des sociétés. Une société se pose toujours des questions et elle en a la solution. Il n’y a que les naïfs ou les ignorants qui pensent que c’est leur tour, ils sont là et qu’ils peuvent s’imposer. Il y a des dynamiques sociales qui s’imposent toujours aux individus avec leur ambition». Il se veut catégorique : «Le Sénégal se transformera. Cette jeunesse que je vois aujourd’hui, elle se battra avec les armes de son époque, avec les moyens de son époque qui ne sont pas les armes et les moyens de notre époque. ça, il faut qu’on ait l’humilité de le dire, nous ne sommes pas plus héroïques que cette jeunesse». Bathily voit «avec beaucoup d’optimisme l’avenir de ce continent» : «Parce que partout où je vais, ce bouillonnement, même jusque dans les excès, il faut l’accepter, parce que les excès sont aussi produits par ceux qui sont en face. La passion de la liberté habite chacun d’entre nous, c’est cette passion de liberté je vois chez les jeunes aujourd’hui et je les encourage à ça. Naturellement avec humilité, il faut améliorer les choses. Mais c’est par la lutte comme disait Sankara qu’on se libère. Ce n’est pas par la soumission qu’on se libère»,

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